« Je n’arrive plus à me concentrer », « J’oublie tout », « Mon esprit saute d’une idée à l’autre »…
Ces phrases, je les entends quotidiennement en séance. Dans une société où tout va trop vite, nous sommes de plus en plus nombreux à avoir l’impression que notre cerveau “sature”. De manquer d’attention. De ne plus réussir à garder le fil, à mémoriser, à prioriser. On se sent souvent dépassé, comme si notre tête était un navigateur avec trop d’onglets ouverts.
Très souvent, ces manifestations sont confondues avec le TDA/H (Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité). J’ai d’ailleurs écrit un article sur le sujet à travers les parcours d’Antoine, Pierre et Enzo.
Pourtant, cet article-ci ne parle pas du TDA/H.
Il parle d’un manque d’attention qui touche aujourd’hui tout le monde. Un manque lié à notre mode de vie, à l’hyperconnexion et à ce phénomène massif : l’infobésité.
Le grand malentendu : TDA/H ou cerveau saturé ?
Le TDA/H est un fonctionnement présent depuis l’enfance. Mais aujourd’hui, nous voyons apparaître des difficultés attentionnelles dites « situationnelles ». Ici, ce n’est pas votre structure neurologique qui est en cause, c’est votre réservoir attentionnel qui est vidé en permanence par trois facteurs modernes :
1 – L’infobésité. Mot-valise entre « information » et « obésité », le terme désigne, l’excès d’informations qui nous entourent. C’est un état de surcharge informationnelle où l’on reçoit bien plus d’informations qu’on ne peut en traiter.
Désormais, le pouvoir que nous avons sur les informations que nous consommons est faible, la plupart d’entre elles nous sont imposées. Pire. Nous n’avons plus ni le temps, ni les ressources nécessaires pour les traiter.
Pour vous donner une idée, nous recevons aujourd’hui en une seule journée plus d’informations que nos grands-parents en un mois entier. Notre mémoire de travail est submergée et finit par saturer. On se retrouve alors à lire des mails qu’on oublie aussitôt, à zapper entre les tâches sans jamais vraiment avancer.
Au cœur même de l’infobésité se cache un syndrome connu sous le nom, désormais très populaire, de FOMO, de l’anglais fear of missing out. Comme son nom l’indique, il désigne une forme d’anxiété caractérisée par la peur de manquer quelque chose et qui nous pousse à une connexion constante.
2 – La surcharge mentale. Cette gestion invisible de chaque instant. Il faut anticiper le repas du soir, organiser les rendez-vous, gérer les imprévus… C’est un “bruit de fond” qui ne s’arrête jamais. Cette surcharge est aujourd’hui aggravée par une juxtaposition des univers : sur un seul et même écran, les dossiers professionnels, les nouvelles du monde et les conversations privées se mélangent. Notre cerveau n’a plus de frontières claires pour se reposer. Même quand on croit souffler, il continue de courir, emporté par une logique d’immédiateté qui nous dépossède de notre propre rythme. Les temps de latence sont devenus insupportables, nous forçant à réagir vite plutôt qu’à réfléchir bien.
3 – L’hyperconnexion mondiale. À cela s’ajoute le flux d’informations mondiales en continu. Nous sommes au courant de chaque crise, chaque drame, à l’autre bout du monde, en temps réel. Cette vigilance forcée nous maintient dans une quête illusoire de synchronicité avec les événements. Nous voulons tout savoir « en direct », mais ce direct interdit le recul et l’analyse. Notre système nerveux reste ainsi en alerte rouge permanente, saturé par un tsunami informationnel qui nous ébranle de l’intérieur et génère un sentiment profond d’impuissance.
Les conséquences concrètes : un cerveau en mode survie
Quand le cerveau reçoit trop d’informations, il ne hiérarchise plus, il “zappe”. On finit par penser dans le flou, à moitié partout, et parfois nulle part.
Dans les transports ou dans les salles d’attente, je remarque que tout le monde est sur son téléphone, alors que ces moments pourraient justement être utilisés pour faire une vraie pause mentale et offrir à son cerveau un temps de déconnexion. Ces instants, qui pourraient devenir de véritables espaces de repos pour l’attention, sont souvent engloutis par le flux continu de mails, notifications et réseaux sociaux.
Chez les adolescents, la saturation impacte directement les apprentissages et l’organisation. La fragmentation de l’attention, entre notifications, multitâche et réseaux sociaux, installe une intolérance à l’effort mental. Ils veulent que “ça aille vite”, ils ne savent plus approfondir, ils ne lisent plus qu’en diagonale, et les apprentissages deviennent superficiels.
Pour les adultes, l’infobésité mène à ce que l’on appelle la décision fatigue. Trop de choix et trop d’infos tuent la décision. Cela génère de la procrastination, de l’indécision et une difficulté à aller au bout des projets. La clarté stratégique disparaît au profit de l’urgence permanente.
Et puis il y a l’impact émotionnel et relationnel. L’exposition continue aux réseaux et aux chaînes d’infos en continu anxiogènes crée une anxiété diffuse et une fatigue émotionnelle. Paradoxalement, être connecté en permanence appauvrit nos liens. On favorise des interactions rapides mais peu profondes. On peut être très entouré numériquement… et se sentir très seul.
Quelques repères pour protéger votre attention
- Chez les adolescents (12–18 ans), il est conseillé de limiter les écrans récréatifs à deux heures par jour. Et surtout, aucun écran une heure avant le coucher. Le sommeil est vital pour leur régulation émotionnelle.
- Chez les adultes, il vaut mieux ne pas dépasser quatre heures d’écrans récréatifs par jour. Une vraie diète numérique est indispensable pour filtrer ce qui arrive jusqu’à nous. Au-delà de sept à huit heures par jour, le risque d’anxiété et de fatigue mentale explose.
Faire une vraie pause : mon quotidien de psychopédagogue
La déconnexion n’est pas une théorie, c’est une hygiène de vie que je m’applique moi-même pour reconnecter ma tête, mon corps et mon cœur.
- Le silence des notifications est un geste quotidien. Dès 2009, avec mon premier smartphone, j’ai pris une décision : ne jamais activer aucune notification mail ou d’un réseau social. Mon téléphone reste en silencieux en permanence. Il s’allume uniquement si j’ai un message de mes favoris (mon conjoint ou mes enfants). C’est le geste le plus apaisant que je connaisse. C’est aussi pour cela que j’ai mis en place les rendez-vous téléphoniques sur mon agenda professionnel, car ils me permettent d’être pleinement à vous quand je vous appelle et non entre deux tâches qui m’empêcheraient de vous écouter.
- Avec mes enfants adultes, ainsi qu’avec mes amis, nous utilisons les audios WhatsApp. Chacun écoute et répond quand le moment est juste pour lui. On respecte l’espace mental de l’autre. Il y a aussi le droit au délai. Si c’est urgent, on s’appelle !! Je repense souvent à ma mère qui m’envoyait un message, puis un second trente minutes plus tard pour vérifier que j’avais bien reçu le premier… Aujourd’hui, je préconise et j’impose le droit de non-réponse instantanée, ou simplement le droit de prendre le temps pour répondre.
- Autre essentiel : les balades avec Uros, mon chien. Une à une heure et demie de marche chaque jour, téléphone dans la poche, pas dans la main. Je marche, je regarde, je sens. Je laisse mon esprit vagabonder. Je me connecte à lui et à la nature.
- Je m’autorise également une demi-heure à ne rien faire après mes séances. C’est le temps nécessaire pour que mon cerveau redescende et se recharge. Après ma journée au cabinet, je m’accorde ce temps rien que pour moi avant de rentrer chez moi.
- Mes parenthèses en solo sont sacrées. Que ce soit lors de mes voyages en Inde ou mes séjours à Chantilly, je choisis de ne pas donner de nouvelles pour être pleinement présente à ce que je vis. Je prends plaisir à partager une photo sur mon Instagram privé, mais j’emmène aussi avec moi des livres, des mandalas, un puzzle, et je passe mes soirées à observer le feu crépiter dans la cheminée. Et surtout, je ne scrolle pas pendant des heures et je ne regarde pas la télévision.
Ces exemples sont les miens, mais il en existe sûrement d’autres. À chacun de trouver les petits rituels qui lui permettent de ralentir, de faire une pause attentionnelle, et de s’autoriser à savourer le silence.
Distinguer pour mieux agir
Si vos difficultés attentionnelles sont récentes ou liées à une période de stress, il s’agit probablement d’une fatigue cognitive. Si elles sont présentes depuis toujours, quel que soit le contexte, une exploration vers le TDA/H peut être pertinente.
Dans les deux cas, réduire la pollution informationnelle est la première étape indispensable pour y voir plus clair.
En conclusion
Votre attention est votre ressource la plus précieuse. Apprendre à la protéger, ce n’est pas être moins performante, c’est simplement rester humain. Contrer l’infobésité, c’est oser le vide. C’est autoriser l’ennui, la rêverie et l’introspection. Ces temps « vides » sont indispensables à la créativité et à la construction de soi. L’attention se régénère dans le repos, dans le vrai lien, avec sa tête, son corps et son cœur. Pas devant un écran. Vous autoriser à retrouver un peu de calme intérieur fait aussi partie de cette hygiène attentionnelle.
Vous vous reconnaissez dans ce portrait de la saturation ? Si vous souhaitez faire le point et distinguer fatigue cognitive et trouble attentionnel, je suis à votre écoute en séance pour vous accompagner et vous aider à retrouver de la clarté. Et si vous avez, vous aussi, mis en place des rituels pour protéger votre attention, n’hésitez pas à les partager avec moi, je serais ravie de vous lire.