Une adolescente HPI, lumineuse, curieuse, pleine de vie — mais aussi traversée par des tempêtes intérieures que personne ne voyait vraiment. Derrière son intelligence vive et son sourire attachant, quelque chose vacillait. Peu à peu, ses difficultés émotionnelles ont bouleversé son quotidien, puis celui de toute sa famille.
Une famille aimante, attentive, toujours présente, prête à tout pour la protéger. Et pourtant… une fugue longue et éprouvante a tout balayé sur son passage — ne laissant derrière elle que la peur, l’angoisse, et un vide impossible à combler.

La grand-mère de cette adolescente est une amie très chère. Un jour, elle m’a confié ce drame que si peu connaissent. Ses mots m’ont bouleversée. Je la remercie du fond du cœur pour cette confiance rare.
Moi qui ai l’habitude d’agir, de chercher des solutions, je me sens démunie face à cette douleur. Les institutions, elles aussi, semblent impuissantes. Le juge, les services sociaux, la police… tous semblent s’être heurtés à un mur. Alors, que reste-t-il ? L’écoute. Le courage de parler, ici, pour mettre des mots sur l’indicible.

Cette jeune fille, que nous appellerons Julie, vient tout juste d’avoir 16 ans. Élève perspicace, suivie un temps par une sophrologue que je lui avais recommandée, rien ne laissait présager une telle épreuve. Et pourtant, son histoire rappelle combien le mal-être adolescent, même chez les enfants les plus brillants et les plus entourés, peut surgir soudainement, profondément, jusqu’à tout emporter.

Aujourd’hui, c’est sa grand-mère qui prend la parole. Dans un cri du cœur. Dans un silence assourdissant. Pour parler de Julie, disparue depuis juin 2025.

 

L’enfant lumière : qui était Julie avant la crise ?

Depuis un an et demi, ma fille et moi essayons de comprendre ce qui a pu se passer. Comment Julie, notre petite-fille si vive, si sensible, a-t–elle pu glisser lentement vers cet ailleurs où plus rien ne semblait l’atteindre.

Son profil : HPI et hypersensibilité

Jusqu’au collège, Julie était ma joie. Une enfant empathique, si sensible, pleine de tendresse. On savait qu’elle était très intelligente, HPI, avec cette soif de savoir, cette profondeur.

Julie semblait être une enfant joyeuse. Elle avait cette lumière dans le regard, une tendresse naturelle, un cœur grand ouvert. Elle ressentait tout très fort, peut-être trop. Toujours à l’écoute des autres, attentive, empathique, elle débordait de curiosité.

Témoignage fugue adolescenteElle était en décalage. Elle trouvait les discussions des autres « insignifiantes ». Elle cherchait sa place dans un monde qui ne semblait pas fait pour elle. Et nous, les adultes, nous avons tant manqué de compréhension. Nous rejetions parfois ses justifications, sans comprendre que nous ébranlions sa confiance en elle. C’est mon plus grand regret aujourd’hui : ne pas avoir su comment entrer dans son monde.

La dégringolade et l’emprise toxique

En 3ème, le mal-être s’est installé. Subtil d’abord, puis de plus en plus visible. Elle se fatiguait vite, s’endormait n’importe où, s’isolait. Ma fille a rencontré les référents scolaires : assistante sociale, infirmière… On a parlé de dépression, de drogue, de décrochage. Julie ne rentrait plus déjeuner chez moi, fuyait les conversations, s’éloignait doucement de nous.

Au début, on se disait : « C’est l’adolescence. » Mais ce n’était pas ça. Il y avait quelque chose de plus profond, de plus douloureux.

Au 2ème trimestre, la dégringolade a été brutale. Elle s’est fermée, isolée. C’est à ce moment-là que la dérive a commencé, et qu’elle a rencontré l’influence toxique de cette autre jeune fille, Sabrina. Une amitié qui nous a coûté si cher, mais qui, je crois, lui offrait la liberté sans contrainte qu’elle recherchait désespérément.

 

Le cycle infernal : fugues, retour et transformation

La deuxième fugue (Juin 2024) : ténèbres et recherches acharnées

La première alerte avait eu lieu en mars 2024 ; elle etait partie et revenue rapidement. Mais la vraie rupture est survenue en juin 2024, le dernier jour d’école : ce fut notre deuxième fugue, la plus longue… 3 mois !

Nous la savions en danger, mais aussi sous emprise. La mère de Sabrina couvrait tout. C’était une période de ténèbres. Elle était partie sans affaires, ni argent, ni papiers. Sur les réseaux, des photos d’elles circulaient, des TikToks insouciants.

Pendant tout ce temps, nous cherchions, sans relâche. La police, les gendarmes, les amis… Chaque appel nous faisait trembler. On imaginait le pire : la rue, la drogue, la prostitution. Les nuits sans sommeil s’enchaînaient.

Les retrouvailles et la douleur muette

Et puis un matin, elle a été retrouvée. Allongée sur le canapé de la mère de Sabrina, affaiblie, silencieuse.

Julie ne voulait pas parler. Ni à la police, ni aux médecins. Ma fille et moi l’avons serrée dans nos bras. J’ai senti ses larmes couler sur mon épaule. Tant de chagrin contenu, tant de peur derrière ce mutisme.

Elle était épuisée, amaigrie, différente. Elle a changé de look, de posture, presque d’identité.

Le retour tendu et la quête de sens

Les mois suivants furent marqués par une profonde transformation. Julie est là, mais distante. Elle ne parle presque plus, se montre froide, arrogante parfois.

Les repas de famille sont tendus. Elle ne supporte pas le regard des autres, boude, s’enferme. De mon côté, je lis, je me documente, j’essaie de comprendre. J’ai besoin de sens, besoin de ne pas perdre totalement pied.

Je parle aussi beaucoup avec ma fille pour la soutenir, elle fait tout pour qu’elle retrouve sa place.

En décembre 2024, une sortie à Paris avec moi la révèle étrangement à l’aise : elle connaît la ville, les « bons plans » — preuve qu’elle a beaucoup erré pendant sa fugue. Cela me bouleverse.

Après une période de quelques mois où nous avions un fragile espoir, Julie est repartie en juin 2025. C’est sa troisième fugue.

 

Le silence absolu : l’angoisse totale

Près de 5 mois sans nouvelles

Depuis juin 2025, l’angoisse est devenue insoutenable. La peur est constante : Où est-elle ? Avec qui ? Est-elle en sécurité ?

Après de si longues semaines d’attente et d’angoisse, la douleur est la plus vive. Julie est en fugue. Nous n’avons absolument aucune nouvelle. Aucune. Mais nous avons l’intime conviction qu’elle est repartie avec Sabrina

Elle est sans téléphone et sans argent. Il n’y a plus de photo, plus d’indice sur les réseaux sociaux. Elle est dans un silence absolu. La police ne la retrouve pas. La peur est devenue une torture physique.

Depuis qu’elle est partie, le vide est immense. L’absence prend toute la place. Il y a la peur, les questions sans fin : comment va-t-elle ? Où dort-elle ? Va-t-on la revoir ? Et cette douleur, constante, qui s’invite partout, même dans le silence.

L’impact sur la famille et le poids du secret

Le secret nous brise. Ma fille et mon gendre vivent le calvaire du secret, par peur du jugement et par peur qu’elle ne revienne pas si elle apprend que tout le monde sait. Je dois moi-même mentir et faire semblant quand on me demande de ses nouvelles. C’est un fardeau d’isolement terrible qui s’ajoute à la douleur.

Moi, j’ai beaucoup de mal à mentir. À faire semblant que tout va bien. Ce silence est une autre forme de souffrance.

Mon petit-fils, qui a 10 ans, ressent tout. Je le vois me serrer dans ses bras, puis partir s’isoler dans sa chambre. Il est un soutien fragile et innocent, sa colère contre l’abandon rend nos émotions encore plus difficiles à contenir.  Et sa peine silencieuse rend la nôtre encore plus difficile à contenir.

 

Message d’amour, d’urgence et d’espoir

Conseils aux parents dans l’épreuve

  1. Brisez le silence : N’ayez pas peur du jugement. Le secret vous isole et vous consume. Entourez-vous d’une personne de confiance, d’une aide professionnelle.
  2. Agissez immédiatement : Soyez vigilants aux signes avant-coureurs : fatigue chronique, isolement, changement d’amis. Cherchez une aide psychiatrique, même si les listes d’attente sont interminables.
  3. Gardez l’amour inconditionnel : Même dans la colère, elle a besoin de votre amour pour se reconstruire.

L’Espoir, malgré tout

Aujourd’hui encore, je me demande si Julie retrouvera un jour cette lumière qu’elle portait en elle. Si ma fille tiendra le coup, si la famille parviendra à se reconstruire.

Rien ne sera plus jamais comme avant. Mais au fond, je garde l’espoir. L’espoir qu’elle trouve un jour un espace où elle pourra être elle-même, sans fuite, sans peur. L’espoir qu’un jour, elle puisse dire ce qu’elle a vécu.

 

📞 Appel à l’aide et Message à Julie

Si vous ou vos proches êtes confrontés à la disparition d’un mineur, n’hésitez jamais à faire appel au numéro européen 116 000, un service d’appel gratuit pour les enfants disparus.

Et si quelqu’un croise la route de notre Julie, qu’il sache que sa famille l’aime plus que tout. Nous t’attendons, Julie. S’il te plaît, reviens. Le silence nous tue.

Et si un jour elle lit ces mots, j’aimerais qu’elle sache : nous n’avons jamais cessé de l’aimer et de la chercher. Même quand elle s’éloignait, même quand elle se taisait. Nous étions là, dans la peur, dans la fatigue, dans l’attente. Toujours là.

 

Merci à toi, mon amie …

Pour ta confiance et ta force, malgré la douleur de ces mots. Je pense chaque jour à toi, à ta fille, à toute ta famille, avec une profonde tendresse et l’espoir qu’un jour, Julie retrouve le chemin de la maison. Et qu’alors, tu viendras de nouveau témoigner ici, sur ce blog, pour raconter le retour de la lumière.