Ils ou elles viennent me voir en me disant : « On m’a dit que je suis HPI », ou « Mon enfant est dyslexique, alors il est nul en français ». Parfois, c’est formulé avec soulagement. D’autres fois, avec inquiétude, lassitude, voire résignation.
Et dans tous les cas, la question se pose : qu’est-ce qu’on fait de ce diagnostic ?
Le diagnostic : un outil de compréhension, pas une finalité
HPI, dyslexie, dyspraxie, TDAH, TSA… Tous ces mots ont une utilité réelle. Ils permettent de mieux comprendre un fonctionnement différent. D’apaiser. De poser un cadre. Un diagnostic bien posé, c’est un point d’appui. C’est un éclairage.
Il peut permettre d’accéder à des aménagements à l’école ou au travail, d’adapter son environnement, d’avoir enfin une grille de lecture claire de ce qu’on vit depuis toujours sans pouvoir l’expliquer. Mais attention : ce n’est pas une identité.
Et surtout, il est important de rappeler ceci : JE NE POSE PAS de diagnostic. Ce n’est pas mon rôle, ni ma fonction.
En tant que professionnelle en psychopédagogie, je n’ai ni le droit ni la prétention de poser un diagnostic. Mais avec l’expérience, mes suspicions sont souvent justes. Quand je sens qu’il serait pertinent d’avoir une confirmation, je fais appel à des psychologues de mon réseau, spécialisés dans ces évaluations.
Quand le diagnostic devient excuse ou reproche
Je pense à cette femme de 55 ans, diagnostiquée HPI et TSA (type Asperger), envoyée par la psychologue qui a posé le diagnostic. Elle est brillante, fonctionnaire catégorie A. Et pourtant, son fonctionnement atypique continue à détoner dans son environnement professionnel.
Avec moi, elle ne vient pas chercher un suivi psychologique — elle l’a déjà. Elle vient chercher de la compréhension, de la clarté, un accompagnement pour mieux vivre au quotidien avec son mode de fonctionnement, en respectant qui elle est.
Le diagnostic a permis d’éclairer des années de décalage. Mais il est aussi devenu une source de tension dans son couple, alors qu’ils vivent ensemble depuis plus de 30 ans. Ce diagnostic n’a été posé qu’au début de cette année, et son mari, désarçonné, lui reproche désormais certains comportements en disant : « Ah oui, ça, c’est parce que tu es TSA. ». Comme si cette particularité devenait une excuse automatique. Ou pire : une façon de la résumer.
C’est là que ça dérape. Ce n’est pas le rôle d’un diagnostic. Ce n’est pas un motif de reproche. Ce n’est pas un outil pour enfermer ou discréditer.
Coller des étiquettes va nuire au développement de l’estime de soi et de la confiance en soi, et cela ne va en aucun cas améliorer les comportements. Il est essentiel de ne pas réduire une personne à un seul aspect de son être, quel qu’il soit.
Quand le jugement prend le dessus

Un silence peut être lu comme du mépris. Une émotion vive peut être perçue comme une exagération. Une difficulté scolaire peut être réduite à de la paresse.
Pourtant, derrière ces manifestations, il y a bien souvent une histoire, un fonctionnement particulier, un besoin spécifique. Le jugement enferme, alors que la compréhension ouvre.
Une étiquette peut rassurer… ou enfermer
Se dire « HPI », « dys » ou « TSA » peut être un soulagement. On comprend enfin pourquoi on pense vite, pourquoi certaines tâches sont si difficiles, pourquoi le lien aux autres demande tant d’efforts. Mais cette même étiquette peut aussi devenir un piège. On s’y colle, on s’y réduit.
Certaines représentations médiatiques n’aident pas. Même si je ne regarde pas la télévision, je suis heurtée par certaines séries qui accumulent les clichés sur les personnes HPI et donnent une image fausse de la réalité. Dans ces fictions, des personnages capables de calculs mentaux fulgurants ou dotés d’une mémoire exceptionnelle renforcent des stéréotypes. Certes, elles sensibilisent le grand public au haut potentiel, mais elles posent aussi un écueil : transformer le diagnostic en étiquette, en cliché.
Certains parents ne voient plus que cela chez leur enfant : « Il est HPI, donc il est comme ça ». Certains adultes s’enferment dans l’explication : « Je suis Asperger, donc je ne peux pas faire autrement ». On passe alors du diagnostic qui libère à l’étiquette qui enferme.
Un chiffre de QI ne dit pas tout
On me demande souvent ce que vaut un chiffre de QI. La réponse est simple : c’est juste un chiffre. Un point de repère, pas une vérité absolue. Ce n’est pas le résultat qui compte, mais ce qu’on en fait. Et surtout : comment on accompagne la personne dans sa globalité.
Je pense à ce jeune que je connais personnellement, aujourd’hui âgé de 26 ans. Il a passé les tests à l’âge de 9 ans, à la demande de l’école. Franchement, ses parents n’en voyaient pas l’utilité. Le résultat est tombé : oui, il était HPI. Point. Ce n’a jamais été mis en avant. Il a découvert ce résultat bien plus tard, en récupérant son dossier pour Parcoursup. Évidemment, son entourage s’était déjà adapté à lui, à son rythme, à sa manière de fonctionner. Mais ce chiffre ne le définissait pas. C’était juste un élément de contexte, rien de plus.
Et si ce test lui a permis d’intégrer un établissement privé sélectif, sur recommandation de la psychiatre du CMPP, ce n’est pas lui qui a orienté son parcours ni ses choix de vie — il a simplement ouvert une porte scolaire jusque-là fermée, libérant une place à la mi-juillet alors que les inscriptions avaient déjà fermé depuis un an.
Il y a trois ans, il a traversé une dépression profonde. Lorsqu’il a souhaité que son psychiatre rencontre ses parents, celui-ci — à demi-mot — a tenté de leur faire comprendre qu’il pensait que ce jeune était peut-être HPI. La réponse a été simple : « Bah oui, il ne vous l’a pas dit ? ». Les résultats du test passé des années plus tôt ont alors été transmis. Et finalement, la thérapie a pu s’orienter vers d’autres axes, plus féconds, plus adaptés à ses besoins réels.
Le HPI comme prise de conscience et force
Je pense aussi à cette femme de 47 ans, expert-comptable, qui est arrivée à mon cabinet après avoir découvert qu’elle était HPI. Cela s’est produit après que sa fille ait passé le test, et elle a eu une forte résonance avec ce diagnostic. Ce n’était pas la découverte qu’elle attendait, mais celle qu’il lui fallait. Elle est venue me voir avec une seule question : « Pourquoi suis-je comme ça ? »
Elle voulait reconnecter le corps et l’esprit. Elle avait besoin de lâcher prise, de se sentir mieux dans sa peau, d’être vraiment elle-même, sans porter l’énorme poids du quotidien, de ses attentes et de ses contradictions.
Deux ans plus tard, après un accompagnement personnalisé, elle est aujourd’hui alignée avec elle-même. Le HPI n’est plus un poids, ni une étiquette. C’est devenu une force, un atout. Elle s’écoute désormais, elle écoute ses intuitions, et ses relations, aussi bien personnelles que professionnelles, se sont apaisées.
Accompagner au-delà des cases
Dans mon accompagnement, je ne demande jamais les bilans lors du premier entretien. Et pourtant, presque tous les parents arrivent avec une pile de comptes rendus, de tests, de diagnostics. Je les remercie, je les pose de côté… et je ne les lis pas tout de suite.
Pourquoi ? Parce que ce n’est pas ce que je reçois en premier. Je n’accueille pas un profil, un QI, un TSA, un dossier rempli d’acronymes. J’accueille une personne. Un adolescent avec ses silences. Une femme avec son épuisement. Un enfant avec ses questions. Un adulte avec son besoin de se retrouver.
Ces documents, je les lirai peut-être plus tard, s’ils peuvent nous aider à mieux comprendre ou à ajuster l’accompagnement. Mais jamais avant d’avoir écouté ce qui est là, ici et maintenant. Ce qui m’intéresse, c’est la personne derrière le bilan, pas le bilan lui-même. Ses ressources. Ses besoins. Son histoire. Ses élans.
Les diagnostics en bref
- HPI (Haut Potentiel Intellectuel) : identifié par un test de QI, ce n’est pas un diagnostic médical ni un handicap. C’est un repère qui permet de mieux comprendre un mode de fonctionnement intellectuel, sans définir toute la personne.
- HPE (Haut Potentiel Émotionnel) : on en parle beaucoup, mais il n’existe pas de définition scientifique ni de test reconnu. C’est donc une notion à prendre avec prudence.
- TSA (Trouble du Spectre de l’Autisme) : diagnostic médical posé par un professionnel de santé, qui peut être reconnu comme un handicap. Des aménagements via la MDPH peuvent aider au quotidien et au travail.
- TDAH (Trouble Déficitaire de l’Attention, avec ou sans Hyperactivité) : également un diagnostic médical. Comme le TSA, il peut être reconnu comme un handicap si les symptômes sont invalidants, ouvrant la voie à des aménagements adaptés.
- Troubles dys : dyslexie, dyspraxie, dyscalculie, dysphasie… Ce sont aussi des troubles neurodéveloppementaux diagnostiqués par des professionnels de santé. Ils peuvent donner droit à des aménagements scolaires ou professionnels pour mieux s’épanouir.
Ce que je vous propose
Si un diagnostic peut éclairer, très bien. Mais ici, vous ne serez jamais réduit·e à un acronyme, un score ou un profil.
Je vous accompagne là où vous en êtes. Avec ce que vous ressentez, ce que vous vivez, ce que vous voulez pour la suite. Et si vous avez besoin de comprendre un fonctionnement, on le fera ensemble — sans étiquette collée sur le front. Je suis à votre disposition pour en discuter.