2025 : le gouvernement place la santé mentale au cœur des préoccupations nationales avec l’initiative « Parlons santé mentale ! ».

Concrètement, qu’est-ce que ça change ?

Dépression chez les 15 - 25 ansEnfin, on s’attaque aux vrais sujets : briser les tabous qui entourent encore la dépression, l’anxiété ou le burn-out, prévenir plutôt que guérir (enfin !), garantir des soins accessibles partout en France — pas seulement dans les grandes villes — et soutenir réellement les personnes concernées dans leur quotidien : au travail, en famille, à l’école, dans leurs relations.

Une reconnaissance tardive mais essentielle. Parce qu’on le sait tous : notre bien-être mental impacte directement notre vie professionnelle et personnelle. Il était temps d’en faire une vraie priorité collective.

Mais entre les annonces politiques et la réalité des familles, il y a encore un fossé immense. Sur le terrain, la souffrance reste bien réelle, parfois étouffée, parfois ignorée.

Je le constate particulièrement en cette rentrée, où tant de jeunes portent en eux des douleurs invisibles. Depuis la crise du Covid-19, je vois, autour de moi et dans mes accompagnements, une souffrance mentale qui n’a jamais été aussi criante chez les adolescents et les jeunes adultes. Trop souvent, on minimise leurs difficultés en parlant de « crise d’adolescence ». Mais derrière ce masque, parfois, se cache une dépression rampante, sournoise, prête à s’installer durablement.

Aujourd’hui, je veux tirer la sonnette d’alarme. Pour que chaque parent, chaque proche, chaque professionnel sache reconnaître les signaux. Pour que l’isolement ne soit plus une fatalité. Parce que la vie, même dans ses passages les plus sombres, peut retrouver de la lumière.

 

Des chiffres qui font froid dans le dos

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et témoignent d’une crise profonde :

  • En 2024, 23 % des jeunes adultes de 18 à 24 ans ont eu des pensées suicidaires, soit presque un sur quatre — une proportion en nette augmentation comparée à 2014.
  • Sur cette même tranche d’âge, 13 % ont vécu un épisode dépressif d’au moins deux semaines.
  • Parmi les lycéens, 15 % présentent un risque significatif de dépression, et 24 % ont eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois.
  • En 2020, en lien avec la Covid-19, les symptômes dépressifs ont atteint 22 % chez les 15-24 ans (contre 10,1 % en 2019).
  • Parmi les jeunes à Haut Potentiel Intellectuel (HPI), une étude récente révèle que 30 % présentent des symptômes dépressifs cliniquement significatifs, soit un taux nettement supérieur à la moyenne.
  • De plus, le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans derrière les accidents de la route — ce qui souligne l’urgence de porter attention aux signes de détresse.

Ces statistiques révèlent une détérioration préoccupante de la santé mentale des jeunes, soulignant l’urgence d’un accompagnement adapté.

 

Dépression, écoanxiété, solitude : le lourd héritage des 15-25 ans

Ces chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire : pour comprendre pleinement la souffrance des 15-25 ans, il faut aussi considérer le monde dans lequel ils grandissent. Entre éco-anxiété, crises visibles en continu sur les réseaux sociaux, pression scolaire et sociale, et traumatismes liés au COVID, cette génération vit dans un état d’alerte permanent. Là où mes propres années d’adolescence et de jeunesse étaient traversées par une insouciance relative, eux naviguent dans un monde incertain et anxiogène, souvent seuls avec leurs émotions.

Leur mal-être ne tombe pas du ciel : il résulte de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux qui s’entremêlent, créant un cocktail émotionnel lourd à porter. Pourtant, cette lucidité et cette sensibilité peuvent devenir des leviers de transformation : engagement, solidarité, créativité, action. Mais pour cela, il leur faut d’abord être entendus, compris et accompagnés avec bienveillance. C’est dans cet espace d’écoute que leur peur peut devenir énergie et leur malaise, puissance d’agir.

 

Les signaux d’alerte : savoir écouter les silences et voir l’invisible

Reconnaître la dépression chez les jeunes n’est pas toujours évident. Ils ne disent pas toujours « je vais mal », parfois parce qu’ils ne le comprennent pas eux-mêmes, parfois parce qu’ils ont peur ou honte. Pourtant, certains signaux peuvent nous alerter, s’ils sont pris au sérieux à temps.

Pour repérer la dépression, il faut apprendre à lire certains signes, souvent silencieux mais révélateurs. Voici ce que l’on peut observer chez un adolescent ou un jeune adulte en souffrance :

  • Isolement progressif, retrait des amis, refus des activités qu’il aimait auparavant.
  • Perte d’intérêt ou de motivation, abandon scolaire ou professionnel, baisse des performances.
  • Changement notable de l’humeur : tristesse persistante, irritabilité, colère inhabituelle, voire apathie.
  • Fatigue intense et troubles du sommeil : insomnies, réveils fréquents ou au contraire un sommeil trop long.
  • Modifications de l’appétit : perte ou prise de poids sans raison apparente.
  • Sentiment de culpabilité, de dévalorisation, idées négatives sur soi ou sur l’avenir.
  • Pensées suicidaires, paroles ou comportements évoquant le désespoir ou la fuite.
  • Comportements à risque : consommation excessive d’alcool ou de drogues, automutilation.

Savoir observer ces indices, c’est déjà poser un premier geste d’amour. Ne pas les banaliser, ne pas les minimiser, mais au contraire écouter sans juger, sans pression.

Souvent, un simple « Je suis là pour toi » peut faire toute la différence.

 

Quand s’alerter vraiment ?

Toutes les difficultés ou changements chez un adolescent ne sont pas synonymes de dépression. Une crise d’adolescence se manifeste souvent par des conflits, des changements d’humeur passagers, un besoin d’affirmation et d’autonomie. Elle est une étape normale du développement, généralement transitoire.

Il faut s’alerter quand ces signes persistent plus de deux semaines, s’aggravent ou s’accompagnent d’un repli social profond, d’une perte d’espoir, d’une perte de sens, ou encore de comportements dangereux pour soi ou les autres.

Dans ces cas, il devient crucial d’intervenir rapidement pour éviter que la situation ne s’enlise.

 

Mon expérience, un cri du cœur

Je ne vous parlerai pas que de chiffres. Parce que derrière chaque nombre, il y a une histoire. La mienne est celle de mon fils. J’ai senti les premiers signes de sa dépression près de trois ans avant qu’il ne demande à être hospitalisé. Trois longues années d’angoisse, d’interrogations, de luttes silencieuses. Lui était déjà adulte, loin de moi, et pourtant si fragile. J’ai alerté famille et amis, j’ai crié à l’aide. Mais on me répondait souvent que c’était « normal », que c’était « mon rôle de maman » qui me rendait trop inquiète. Aujourd’hui, je sais que j’avais raison. Et que ce silence, ce déni autour de lui, ont été un frein à une prise en charge plus rapide.

Une nuit de septembre 2022, vers 3 heures du matin, il m’a appelé, la voix brisée, pour me dire qu’il n’en pouvait plus, qu’il avait demandé à être hospitalisé en psychiatrie, et que les pompiers venaient le chercher. Ce moment, je ne l’oublierai jamais. Une fracture entre l’espoir et la détresse. Mais la douleur n’a pas cessé là. Parce qu’à 22 ans, il était majeur, et je n’avais plus accès aux médecins, ni aux infos sur son état. Cette exclusion a creusé un gouffre d’impuissance et de frustration, que je ne souhaite à aucun parent.

Il a été suivi jusqu’en janvier de cette année, avec un accompagnement qui lui a permis de retrouver progressivement un équilibre de vie. Aujourd’hui, même si son chemin reste fragile, il a trouvé sa place. Et moi, je veille toujours, avec la même vigilance et le même amour, parce qu’un tel parcours ne s’oublie jamais vraiment.

 

Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM) : un rôle de premier secours humain

Face à la dégradation inquiétante de la santé mentale de certains adultes que j’accompagne, et touchée par leur détresse parfois invisible, j’ai choisi d’aller plus loin. En mai 2022, je me suis formée aux Premiers Secours en Santé Mentale Adultes (PSSM). Cette formation m’a permis d’acquérir à la fois des connaissances précises et des outils concrets pour intervenir face aux situations de crise :

  • Connaissances solides sur les troubles psychiques : dépression, troubles anxieux, troubles psychotiques, troubles liés à l’usage de substances, addictions, troubles des conduites alimentaires…
  • Reconnaissance des différentes crises : pensées suicidaires, automutilation non suicidaire, attaques de panique, événements traumatiques, états sévères de psychose, effets graves liés à l’alcool ou à d’autres substances, comportements agressifs.
  • Compétences renforcées : écouter sans jugement, rassurer, communiquer clairement, apporter un soutien immédiat, orienter vers les ressources adaptées.

Parfois, ce premier secours humain est le pas décisif qui déclenche une véritable prise en charge.

Mais très vite, une autre évidence s’est imposée : si les adultes souffrent, combien d’adolescents portent aussi, en silence, un poids trop lourd pour leur âge ? C’est ce constat qui m’a poussée, quelques mois plus tard, en 2023, à élargir mon engagement en devenant secouriste certifiée en Premiers Secours en Santé Mentale Jeunes. Là encore, j’y ai trouvé des repères précieux pour agir face à la détresse des adolescents :

  • Repérer les signaux de détresse : dépression, troubles anxieux, comportements à risque, automutilation, pensées suicidaires…
  • Transformer mon écoute intuitive en un outil structuré et ciblé.
  • Être présente sans envahir, rassurer et orienter grâce à un plan d’action clair.

Dans bien des cas, cette posture permet d’amorcer un dialogue, de rompre l’isolement et d’offrir une première main tendue. Car je le sais aujourd’hui plus que jamais : le repérage et l’intervention précoces peuvent sauver des vies.

 

L’apport de la psychopédagogie dans l’accompagnement

Au-delà du suivi psychiatrique et/ou psychologique, la psychopédagogie positive est un levier précieux pour accompagner les jeunes en souffrance psychique. Souvent méconnue, elle offre un soutien complémentaire centré sur la personne, ses forces et son potentiel. Elle agit notamment sur :

  • Comprendre les mécanismes d’apprentissage perturbés par la dépression et le stress : la baisse de concentration, la mémoire altérée, la motivation fragile… la psychopédagogie identifie ces bloqueurs pour proposer des méthodes adaptées permettant une reprise progressive des apprentissages.
  • Travailler sur la gestion des émotions et le renforcement des ressources personnelles : apprendre à reconnaître, nommer et réguler les états émotionnels (tristesse, colère, anxiété), grâce à des outils concrets — respiration, ancrage, dialogue interne positif — pour renforcer la résilience.
  • Redonner confiance via des techniques concrètes : organisation progressive, mind-mapping, petits objectifs atteignables — autant de clés pour sortir du cercle de l’échec, reprendre confiance et renouer avec l’envie d’avancer.
  • Favoriser un retour progressif à l’autonomie en complément des soins médicaux : rétablir un équilibre de vie, retrouver son identité, gérer son quotidien, renouer avec ses projets et ses valeurs personnelles.

L’alliance du suivi médical (psychiatrie, psychologie) et de l’accompagnement psychopédagogique offre une réponse globale, humaine et personnalisée, essentielle à une reconstruction de soi, pleine d’espoir et de sens.

 

Vers qui se tourner si l’on a un doute ?

Si vous craignez qu’un jeune de votre entourage traverse une dépression, il est crucial de ne pas rester seul avec cette inquiétude. Plusieurs ressources existent :

  • Médecin traitant : premier interlocuteur, il peut évaluer la situation et orienter vers un psychologue ou un psychiatre.
  • CMP (Centre Médico-Psychologique) : consultation gratuite avec un professionnel de santé mentale.
  • Ligne d’écoute SOS Suicide / Suicide Écoute : 31 14 (numéro national de prévention du suicide, disponible 24h/24 et 7j/7, appel gratuit).
  • Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236 (7j/7, 9h à 23h) ou www.filsantejeunes.com pour discuter par tchat.

Ne sous-estimez jamais vos doutes : parler, demander de l’aide, peut être le premier pas vers un sauvetage.

 

Un livre précieux pour comprendre et agir

Pour mieux saisir ces enjeux complexes, je vous recommande « La Fragilité des jeunes adultes : 15-30 ans : prévenir, aider, accompagner » de David Gourion. Un ouvrage éclairant, accessible, qui mêle rigueur scientifique et compassion. Il décrypte anxiété, stress, troubles du sommeil, perte de motivation, et propose des outils concrets pour repérer la fragilité psychique.

Recommandé par des experts comme le Dr Christophe André, ce livre est un guide précieux pour parents, professionnels, et bien sûr, pour les jeunes eux-mêmes. Pour moi, il a été une révélation, une invitation à comprendre autrement, à accompagner avec plus de bienveillance.

 

Se mobiliser face à la dépression

La dépression chez les jeunes de 15 à 25 ans n’est plus une problématique marginale, c’est une urgence. Derrière chaque chiffre, il y a un jeune en souffrance, un cri silencieux.

Aujourd’hui, nous avons les outils, la conscience et la responsabilité d’agir. De reconnaitre les signaux, d’intervenir avec bienveillance, de proposer un accompagnement complet — médical, psychopédagogique, humain.

Il est temps de briser le silence, de lever les tabous, de tendre la main, pour aller vers une jeunesse plus écoutée, plus soutenue, plus pleine de vie.

Ensemble, nous pouvons faire la différence.