Dans mes accompagnements en psychopédagogie, j’accorde une place centrale à l’observation fine, à l’identification des besoins profonds et à la construction d’une relation de confiance, respectueuse du rythme de chacun.
C’est dans cette même dynamique que j’ai rencontré Romy Sauvageot, comportementaliste canine et fondatrice de *Kiffe ton chien*. À l’époque, je cherchais à faire un stage avec mon chien — mais pas avec n’importe qui, ni avec n’importe quelle approche. Je voulais quelqu’un de vrai, d’accessible, d’aligné. Quelqu’un capable de nous accompagner avec nos différences, dans une relation fondée sur la confiance, pas sur la performance.
Je l’ai d’abord découverte sur Instagram. Sa manière de communiquer m’a tout de suite parlé : claire, humaine, disponible, sans surenchère. J’ai donc sauté le pas en mars dernier … j’ai suivi avec mon briard son stage « Apprends à lire le chien » et fait une après-midi de Mantrailing. Une très belle découverte, une rencontre à la fois sensible, concrète et inspirante.
Ce qui m’a touchée, c’est sa posture. Elle ne cherche pas à “corriger” un chien, mais à comprendre ce qu’il exprime. Elle travaille autant avec l’humain qu’avec l’animal, dans une approche respectueuse du vivant. Et cela résonne profondément avec ce que je défends dans ma façon d’accompagner.
Son parcours force le respect. Elle a une vraie expertise : comportementaliste et éducatrice canine depuis 2010, elle est aussi titulaire d’un Master 2 en éthologie appliquée, formatrice pour professionnels et particuliers, et passionnée de mantrailing, une discipline qu’elle transmet avec enthousiasme et précision.
J’ai eu envie de lui poser quelques questions pour croiser nos regards, tisser des ponts entre nos démarches respectives, et surtout, mettre en lumière tout ce que l’observation du chien peut aussi nous apprendre sur nous-mêmes.
Bonjour Romy, peux-tu nous expliquer en quelques mots ce qu’est ton métier de comportementaliste canine ?

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’accompagner les humains dans leur relation au chien ?
Ce qui m’a donné envie d’accompagner les humains à mieux comprendre leur chien, c’est les chiens ! Mes chiens avec qui j’ai toujours vécu qui m’ont toujours permis de me sentir bien et être à ma place. J’ai quasi toujours voulu travailler avec les animaux.
C’est pendant mes études en éthologie à la fac durant lesquelles je me suis intéressée à la médiation animale entre l’humain et le chien que j’ai approfondi l’étude de cette relation si particulière. Au travers de mes stages et des formations, j’ai réalisé que bien-être de l’humain était toujours mis en avant mais qu’au final on en accordait peu à l’animal. Cela m’a beaucoup questionné. D’autant plus que j’avais choisi d’accueillir dans ma vie un chiot golden retriever, « idéal pour faire de la médiation animale auprès de personnes en difficulté”. Ayant un petit budget, j’ai choisi sur leboncoin (le truc à ne pas faire je sais!), et c’est lui qui m’a ouvert les portes de ce monde car il était très craintif. Quand je l’ai eu, il avait peur d’énormément de choses, et pouvait adopter des conduites agressives par peur. Il m’a amené à me questionner et à me remettre en question énormément. J’ai évidemment laissé tomber le projet de médiation animale car ça ne pouvait correspondre à ce qu’il était lui. Il n’aurait jamais été bien. Grâce à une connaissance, j’ai découvert la formation de comportementaliste qui correspondait totalement à ma vision de la relation humain-chien et j’ai pu me servir de ma licence de psychologie pour aborder l’humain. J’ai au final réalisé que la grande partie du métier était le travail sur l’humain, beaucoup plus que sur le chien.
Comment définirais-tu ton approche, ta manière de travailler ?
C’est une approche respectueuse, du chien et de l’humain. Une approche basée sur l’écoute mutuelle, une grande partie est accordée à l’observation et à la prise en compte de l’individu et du contexte pour mieux comprendre le comportement de chacun et mieux vivre ensemble. Je fais toujours des bilans dans un premier temps pour recueillir un maximum d’informations pour comprendre qui est ce chien et qui est sa famille, comment chacun vit et chacun réagit. Recueillir toutes ces informations me permet d’expliquer à l’humain ce que leur chien exprime en termes de besoin, d’émotion, de limite… Grâce à l’observation du binôme, j’explique à l’humain, le langage canin et le langage de leur chien autant que possible car je ne suis pas dans la tête du chien. En fonction des informations recueillies lors du bilan et des besoins de l’humain , du chien ou des problématiques rencontrées, je vais adapter mes séances pour permettre au chien et à l’humain de se sentir mieux. Si le chien besoin de s’apaiser, de rencontrer d’autres chiens nous allons l’aider à se canaliser, et lui permettre de rencontrer des chiens qui lui correspondent …etc… si par exemple le chien détruit parce qu’il est en stress de rester seul, nous allons adapter l’environnement et l’emploi du temps, les réactions de l’humain pour qu’ il se sente apaisé. Comme dans ton métier la première des choses, c’est de prendre en compte les besoins et d’y répondre autant que possible.
Qu’est-ce qui te tient le plus à cœur dans ton métier ?
Que les chiens soient mieux compris et respectés par l’humain. Que l’humain et le chien se sentent apaisés, épanouis dans la relation et surtout qu’ils se comprennent.. qu’ils arrivent à communiquer. Je me sens bien quand les gens et les chiens se sentent bien. Parfois le chemin peut être long en raison des difficultés rencontrées mais nous sommes là pour les accompagner et voir les progrès, les améliorations dans la relation, le bien-être de chacun : tout cela me remplit d’énergie !
Et ce qui me tient encore énormément à cœur. C’est lutter contre toutes ces idées reçues qui vont à l’encontre du bien-être, du chien. J’aime permettre à chacun d’accéder un peu plus au monde du chien et surtout de prendre du recul et de se poser les questions, d’avoir un regard critique sur ce qu’il se dit dans ce milieu pour s’écouter, écouter son chien au maximum grâce à de meilleures connaissances.
Il est primordial de transmettre et de former un maximum de personnes pour que le regard sur le chien change et que nos mentalités évoluent, pour qu’enfin cesse la maltraitance (qui n’est pas forcément voulu de la part des humains, mais elle n’est pas conscientiser en raison de toutes ces idées reçues qui ont encore beaucoup de poids dans nos sociétés aujourd’hui). C’est notre relation à la nature, notre rapport à l’autre qui est à changer et qui doit évoluer encore et encore.
Quelle place tient l’observation dans ton travail ?
Elle est centrale.
Apprendre à observer sans interpréter de manière hâtive est primordial. Nous voyons le monde à travers nos yeux (logique!). Prendre du recul et essayer de changer de regard pour se mettre autant que possible à la place du chien. Apprendre à observer permet de mieux prendre conscience de l’environnement, des messages envoyés par l’individu (humain et canin!). Le chien passe sa vie à nous observer. Nous humains, nous devons apprendre à le faire car nous avons tendance à moins le faire. Se taire, prendre conscience de ses déplacements, de sa communication non verbale, permet d’accéder au langage canin, et être réellement à l’écoute l’un de l’autre. Cela évite souvent les interprétations erronées.
Comment repères-tu les signaux d’inconfort ou de stress chez un chien ?
Je regarde avant tout le contexte pour donner un sens à mes observations. Je me concentre sur ce que dégage le chien de manière générale (énergie, raideur, tensions, déplacements ..) puis j’observe les différents signes qui peuvent indiquer un inconfort ou stress comme le détournement de regard, la position de la queue, les oreilles, les bâillements, les léchages ,les babines…bref tout un ensemble de signes qui peuvent indiquer un inconfort, un stress, en fonction du contexte (attention aux interprétations hâtives …ce n’est pas parce qu’un chien bâille qu’il est stressé…il faut prendre en compte un ensemble d’éléments).
Est-ce qu’il t’arrive de devoir d’abord “éduquer le regard” des humains que tu accompagnes ?
C’est la base de notre métier. Nous intervenons beaucoup plus sur l’humain que sur le chien. Apprendre à l’humain à accéder au monde du chien en changeant de regard.
Quels sont les besoins fondamentaux d’un chien que tu vois le plus souvent négligés ?
Au-delà des besoins primaires comme la faim, la soif et le sommeil, le besoin d’exploration en balade : beaucoup de chiens sont contraints en balade à suivre l’humain, son rythme, sa trajectoire. On lui impose aussi des rencontres parfois non voulues : son besoin d’espace mais aussi le fait de prendre son temps ne sont souvent pas entendus. Souvent par manque de connaissance (notamment du langage canin).
Il est important de laisser du temps et de l’espace à son chien. Et si le chien ne peut être détaché, il existe des longes (de 5 m à 15 m en fonction de l’espace).
Les balades sont un besoin essentiel : parfois la balade est trop courte (ou trop longue en fonction de l’âge du chien!). Parfois non adaptée (des chiens se retrouvent baladés dans des environnements qui ne leur conviennent pas du tout). Trop rapides: les chiens sont empêchés de flairer comme ils le souhaitent car il faut aller vite ou faire des kilomètres.
Comment aides-tu les humains à mieux comprendre les émotions de leur chien — sans projeter les leurs ?
Apprendre dans un premier temps à observer sans interpréter. A prendre le temps et laisser le chien être qui il est un maximum (autant que possible bien sûr. Nous devons faire des compromis pour bien vivre en société ensemble!)
Écouter. Se laisser le temps d’observer son chien dans différents contextes. Puis analyser son langage corporel, mais aussi les vocalises, les déplacements…
Lorsque le chien est très agité, on pense souvent qu’il joue… dans bien des cas cela peut être la manifestation d’un état émotionnel plus ou moins intense, comme parfois des décharges liées à un stress. Excitation ne veut pas dire stress bien sûr. Pour savoir si le chien est à l’aise, qu’il joue, qu’il est content, on regardera tous les signes associés à une certaine détente, comme le fait d’être assez souples dans les déplacements même s’ils sont rapides, le peu de raideur, la possibilité de s’arrêter comme il le souhaite et d’être à l’écoute de l’autre. D’être dans la communication. La surexcitation peut parfois être plus problématique quand le chien n’arrive plus à gérer une situation par lui-même. Il est débordé et n’écoute plus, n’entend plus rien (pas au sens obéissance mais capacité, disponibilités mentale et émotionnelle). C’est alors qu’on va l’accompagner et comprendre dans quel état émotionnel pour lui permettre de faire face de mieux en mieux et de ne pas monter dans les tours sans savoir redescendre ! (Ou mettre énormément de temps et se mettre en grande difficulté !).
Qu’est-ce qu’un chien vient souvent révéler de son humain, selon toi ?
Bonne question. Il est difficile de pouvoir y répondre de manière spontanée. Souvent nous avons besoin de prendre du temps et de rencontrer les humains et les chiens, leur binôme , dans plusieurs contextes. Pour éviter également des projections ou interprétations trop hâtives.
Mais au fur et à mesure du temps, c’est marrant de voir des parallèles, des points communs très importants entre le chien et l’humain…on dit souvent “qui se ressemble s’assemble”… cette expression me parle beaucoup. Sans pour autant nier l’individualité de chacun . Parfois être face à son chien et ses problématiques peut nous renvoyer aux nôtres, à nos besoins. Nos limites. Nos envies aussi. Nos attentes. On forme une vraie équipe et savoir s’écouter et écouter son chien peut nous aider à être dans un bel équilibre et apprendre à mieux se connaître et s’accepter soi même. Comme on accepte son chien (c’est parfois un long chemin!)
Est-ce qu’il t’arrive de devoir recentrer le travail sur la posture du maître plutôt que sur le comportement du chien ?
Quasi de manière systématique. L’humain peut souvent influencer le comportement du chien : de par ses déplacements, attitudes mais aussi attentes et demandes. Laisser plus d’espace au chien, mieux le connaître, comprendre son langage, ses émotions et besoins permet de prendre du recul et de pouvoir adapter les environnements, situations, déplacements à son chien ce qui aura un impact direct sur le chien. Si l’on comprend les causes d’un comportement et que l’on agit en amont, le chien agira lui même différemment.
Que signifie pour toi “restaurer une relation saine” entre humain et chien ?
Je préférais plus tôt le terme équilibré ou serein. Car saine peut parfois induire un jugement et il est difficile d’être au quotidien dans la vie d’un binôme humain/chien. Le fait de viser plus de sérénité et d’équilibre permet de prendre en compte les deux individus, leurs besoins, prendre en compte leurs états émotionnels et leurs envies. Leurs personnalités. Nous allons les aider à trouver un équilibre pour évoluer sereinement ensemble pour qu’ils se comprennent mieux, s’entendent mieux et communiquent mieux.
Dans mes accompagnements, je parle beaucoup d’ajustement, d’observation, de co-construction du lien. Est-ce que tu te reconnais dans cette posture ?
Tout à fait. Nos accompagnements sont très similaires. La relation, le lien sont primordiaux. Amener les gens à créer un lien ou en reconstruire un différent permet à chacun de mieux prendre en compte l’autre et de s’écouter , s’accepter tel quel. Du moins autant que possible.
Si tu devais rapprocher ton métier d’un autre domaine, lequel serait-ce ?
La psychologie mais aussi la branche de la sociologie qui doit étudier les relations humains/animaux. Prendre en compte les états mentaux de chacun, le fonctionnement psychique, s’adapter mais s’intéresser aussi à la relation, aux sociétés que forment l’humain et le chien, l’humain et son environnement, le monde animal…
Qu’est-ce que ton approche peut aussi apprendre à ceux qui accompagnent des humains ?
La nécessité d’être à l’écoute. D’observer, s’adapter et prendre en compte l’environnement pour accéder au monde de l’individu, la façon de percevoir ce qui l’entoure
Quelle est l’idée reçue que tu aimerais déconstruire sur les chiens ?
Pas une mais toutes celles sur le langage canin. Le chien qui remue la queue veut jouer, le chien qui pose une patte sur l’autre veut le dominer… apprenons à observer et comprendre le langage canin plutôt que de projeter nos envies, attentes , ou jugements sur le chien !
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui sent que “quelque chose ne va pas” dans sa relation avec son chien ?
S’écouter, prendre du recul, se questionner et faire appel à un professionnel du monde du chien (qui travaille de manière respectueuse et bienveillante).
Merci Romy.
Incroyable, non, les ponts qui existent entre nos approches et nos façons de les vivre et de les transmettre ?
C’est justement à travers ces résonances qu’est née l’envie de créer quelque chose ensemble.
À la suite de nos échanges pour son podcast — dans lequel Romy m’a interviewée (🎧 Écouter le podcast) —, et plus largement en écoutant ses autres épisodes, où elle partage sa pratique avec passion et met en lumière des intervenants inspirants, l’idée d’un atelier commun a naturellement émergé.
Nous sommes donc très heureuses de vous présenter “Mon chien, ce miroir : explorer nos besoins pour mieux vivre ensemble”.
Un atelier à deux voix, pour explorer la résonance et l’harmonie dans la relation humain-chien, en mettant l’accent sur la compréhension mutuelle et l’ajustement des besoins de chacun, dans une relation saine, fluide et épanouissante.
Nous avons hâte de vous accueillir, de croiser nos métiers, nos sensibilités et nos pratiques, pour vous proposer une expérience à la fois profonde, concrète et chaleureuse.
Pour vous inscrire à l’atelier et découvrir l’univers de Romy, ses stages, son approche et tout ce qu’elle partage avec cœur, rendez-vous sur son site : www.kiffetonchien.com