En lien depuis plusieurs années en IRL lors de conférences, et sur les réseaux sociaux, Karen Demaison, plutôt discrète habituellement, a été une fidèle supportrice lors de l’ouverture de mon cabinet.

Échangeant régulièrement avec elle sur le sujet, je lui ai donc proposé une carte blanche sur mon blog afin qu’elle puisse nous exprimer son ressenti, sa colère et ses espoirs en tant que maman d’un enfant ayant une différence d’apprentissage.

 

Tribune de karen Demaison - La neuro diversité à l’école en France : une problématique d’inclusionPour celles et ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux, je suis très engagée dans mon métier de RH où je défends depuis de nombreuses années la qualité de vie au travail, l’articulation des temps de vie en entreprise et la coopération au sein des organisations.

Côté vie personnelle, je suis également très engagée, depuis 5 ans, pour les enfants ayant un trouble spécifique du langage et des apprentissages (dyslexie, dysphasie, dyspraxie, tdah).

J’ai découvert l’univers du handicap de manière assez violente, en étant confrontée directement aux acteurs de l’éducation nationale et des administrations.

Naïvement, je pensais qu’en France, les parents étaient orientés, accompagnés et soutenus. L’univers du handicap est impitoyable : c’est la jungle pour les démarches administratives (des acronymes, des dossiers, des bilans, des mdph généreuses en terme de moyens ou pas, des professionnels formés ou pas !), c’est l’esquisse de l’exclusion à l’école qui se profile au fil des ans, c’est le combat permanent pour faire valoir la loi de 2005 sur le handicap.

Un jeu d’acteurs se met en place au sein de l’école et chacun parle pour son domaine avec ses projections, ses peurs et ses croyances. Nous sommes très loin de la coopération et donc de l’inclusion prônée par le gouvernement actuel.

Chaque année scolaire, les parents jouent au loto et espèrent toucher le « gros lot » c’est-à-dire une AESH (une aide humaine formée et ayant un certain sens de la psychologie pour accompagner un enfant en situation de handicap) et surtout des enseignants formés, bienveillants qui comprennent la problématique de la neuro diversité dans une classe !

Quand les parents sont en contact avec un enseignant qui s’implique et est dans le dialogue, quel bonheur pour l’enfant et pour toute la classe ! Car oui, mettre en place une didactique inclusive profite à tous les élèves ! Nos amis italiens l’ont bien compris depuis 1977. L’inclusion est une réalité et a été mis en place en seulement 4 ans !

Avoir un diagnostic de dyslexie, de dysphasie, de dyspraxie, de TDAH, d’autisme représente une situation de handicap et se doit d’être pris en compte pour la mise en place des aménagements pédagogiques, dispositifs permettant la compensation du handicap. Je prends souvent la comparaison d’un enfant ayant un problème de vue. En effet, les lunettes permettent de compenser ce handicap. Personne ne refuse aujourd’hui en classe les enfants avec des lunettes. En 2018, certains enseignants refusent de mettre en place ces moyens de compensations des troubles spécifiques du langage et des apprentissages. Pourtant, ce sont des aménagements qui profitent à tous les élèves : des cours déjà écrits pour mieux se concentrer sur le contenu du cours, des documents explicites, des énoncés d’exercices clairs ne contenant pas d’implicites, la possibilité de faire les exercices sur ordinateur, avoir des outils pratiques en mathématiques (tables de multiplication, tableau des nombres, tableau de conversions…), des dictées à trous, moins d’exercices à réaliser etc…

C’est vrai qu’une majorité d’enseignants ne sont pas formés à ces troubles spécifiques du langage et des apprentissages…mais cet argument ne peut pas justifier à lui seul le manque de coopération de l’ensemble des acteurs de l’Education Nationale.

La culture de l’éducation nationale est en jeu ! Depuis 100 ans, les enfants en situation de handicap sont mis à part, dans des classes spéciales, dans des dispositifs à part, dans des institutions !

La loi de 2005 sur le handicap aurait dû apporter une réelle transformation des pratiques…malheureusement le constat est amer ! Bien sûr, il y a eu une belle avancée avec les AESH mais ce n’est pas suffisant !

Il est inadmissible d’entendre en 2018 un directeur de collège d’une école privée sous contrat avec l’Etat dire ouvertement qu’il s’assoit sur la loi de 2005, que si un enfant a un dossier MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées), il n’a qu’à aller en ULIS (Unité Localisé d’Inclusion Scolaire : dispositif à part) ou en SEGPA (Sections d’enseignement général et professionnel adapté : non adaptées aux enfants en situation de handicap) et que de toute manière ses élèves de 6ème sont des « Concordes » ! Ce discours n’est pourtant pas isolé, même s’il existe des lois !

Face à ce type de réaction, je ressens de la peur, des croyances, une résistance au changement, un manque de formation, un manque de curiosité aussi.

Je crois à l’information, à la sensibilisation, à la confiance, à la coopération des acteurs. Chacun peut faire avancer la représentation du handicap à l’école. Je crois beaucoup aux petits pas qui permettent d’installer de grands changements.

Si vous avez des enfants en situation de handicap, soyez tenace, informez-vous sur vos droits et faites les respecter. Et le principal : croyez en votre enfant, en ses capacités ! Ne laissez personne douter des compétences, des talents de votre enfant ! Un enfant ayant des troubles spécifiques du langage et des apprentissages est un enfant qui doit retrouver l’estime de lui-même et confiance en lui. Il a une force incroyable en lui car il a connu l’échec très jeune. Il se doit d’être accompagné de manière positive et enthousiaste pour qu’il puisse devenir un citoyen averti et heureux dans son chemin de vie !
L’inclusion doit être la norme pour que la société soit le reflet de nos différences, de notre neurodiversité !

 

Karen Demaison

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