Voici un sujet qui me touche particulièrement, de par ma double casquette d’amoureuse du papier et de praticienne en psychopédagogie positive.

Cette conviction qui est la mienne, est également prouvée par les neurosciences : lire en version papier se révèle bien plus positif au niveau des apprentissages. Car pour être attentif et mémoriser des informations, il faut mettre ses 5 sens en éveil, ce que le numérique ne fait pas.

 

L’expérience sensorielle décisive dans le processus d’apprentissage

Apprentissages : livre papier ou livre numérique ?A travers une expérience consacrée à la manipulation et la lecture de livres, Charles Spence, professeur de psychologie expérimentale à l’université d’Oxford, a prouvé que nous retenons mieux les informations lorsque plusieurs de nos sens participent à leur acquisition.

La matérialité du livre imprimé reste ainsi le facteur décisif en termes de performance de la compréhension et de la mémorisation. Forme, couverture du livre, odeur, nombre et épaisseur des pages aident notre cerveau à intégrer et à retenir les informations.

D’autres études ont par ailleurs fait ressortir que, si les performances générales de compréhension sont globalement les mêmes, quel que soit le support, la lecture sur papier permet de mieux se rappeler où les phrases sont apparues et dans quel ordre les événements se sont déroulés. En apportant des informations sensorielles et motrices plus riches, la lecture d’un livre papier permet de mieux traiter et de mieux mémoriser le texte et l’organisation temporelle des événements.

 

La sensorialité au service de la perception et de la mémorisation

Les recherches du Professeur Spence ont également démontré l’influence du poids, de la douceur et de la texture du support de lecture. Le poids dans la main, la douceur, le caractère haut de gamme et les textures naturelles du papier créent un ressenti plus positif et qualitatif que les textures rugueuses ou ayant un niveau élevé de friction (comme le plastique).

Un papier mat et irrégulier pourra faire penser à un produit naturel (étiquettes de vin, aliments, cosmétiques). Tandis qu’une surface lisse et brillante évoquera davantage un produit transformé ou technologique.

Ainsi, une texture congruente renforcera certainement un message, et son incongruité pourra tout autant le rendre mémorable.

 

Les outils numériques : quel rôle dans l’apprentissage ?

La question vaut la peine d’être posée, au regard du temps passé par les jeunes à lire leurs écrans – des textes qui somme toute, restent ultra-simples.

Les données PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves, mené par l’OCDE), suggèrent que les effets positifs de l’usage du numérique sont évidents pour des usages modérés, mais que la courbe pointe vers le bas pour des usages intensifs. Et par ailleurs, il n’est plus à démontrer qu’une trop grande exposition aux écrans a des effets très négatifs sur les élèves : perte de sommeil, comportements asociaux, perte de compétences spatiales.

Néanmoins, dans le cadre du soutien aux élèves en difficulté, comme ceux souffrant de dyscalculie (trouble dans les apprentissages numériques) ou de dyspraxie (difficulté à écrire à la main et à automatiser l’écriture manuelle), on observe clairement les avantages des écrans pour des tâches spécifiques.

Enfin, notons que les animations multimédia, certes ludiques et attractives, ne sont pas nécessairement favorables dans les apprentissages. De nombreuses études ont montré qu’un texte linéaire est plus abordable qu’un texte hypertexte, qui facilite la possibilité de se perdre.

L’avantage du livre papier est à nouveau très clair : il n’offre pas de distractions, et il requiert une attention qui favorise la concentration.

 

Ecran vs papier : et si les deux supports étaient finalement complémentaires ?

L’étude menée par Geoff Kauffman, de la Carneggie Mellon University et Mary Flanagan, du Darmouth College, conclut en effet que les processus de mémorisation sont distincts selon les supports.

D’un côté, l’apprentissage et la lecture sur écran contribueraient à consolider des détails sur un sujet, tandis que sur papier, ils faciliteraient la compréhension de concepts abstraits.

La pensée abstraite serait ainsi moins perçue à travers les écrans qu’à travers le papier.

Concrètement, si l’on souhaite se rappeler de la date d’un événement, l’écran d’ordinateur serait plus efficace. En revanche, pour retenir les raisons pour lesquelles il s’est déroulé, le papier sera plus pertinent.

Et voici la question qui en découle inévitablement : de quelle façon écrire pour mieux mémoriser ?

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